Journalistes, commentateurs, arrêtez d’entretenir les doutes. Réenchantez le vélo !

Posté le 15/07/2013 à 16 h 24 min par dans Courses, Off, Tour de France

Pendant trop longtemps, le vélo a vécu dans le noir, ayant oublié ses plus belles années, celles des passes d’arme chevaleresques, celles de la véritable souffrance, des forçats de la route. Il est aujourd’hui possible de réouvrir la porte de notre sport à l’espoir d’un véritable renouveau. Oui, c’est enfin possible, les chiffres et les attitudes le prouvent, les choses ont changé dans le peloton. Il nous faut simplement l’accepter et laisser une chance à cette évolution positive de se développer. A force de parler du dopage dans le vélo, c’est comme si le sport cycliste ne se résumait plus qu’à ça pour les journalistes.

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On ne parle plus du Tour de France mais des performances suspectes du Tour de France. On ne parle plus de l’éclosion d’un coureur mais d’une explosion suspecte. Tout le référentiel autour du vélo a été transformé par des années de tromperie, de tricherie avouée ou pressentie. Un leader qui gagne en produisant une belle accélération est tout au plus une « chaudière », une mobylette ou celui qui possède le nouveau produit que les autres n’ont pas encore. On joue sur les mots, ne parlant plus d’écarts mais d’aicar, ce soi-disant nouveau produit miracle. On évoque la viande espagnole lorsqu’un coureur a un soudain coup de mieux. Tout est sujet à suspicion, tout est remis en question. Combien de fois n’a-t-on pas vu les « journalistes » demander au maillot jaune, parfois « les yeux dans les yeux » s’il se dopait (non mais sans déconner) ? Combien de fois celui-ci a dû répondre, ne sachant plus comment le faire, que non il ne se dopait pas et que oui, il était 100% propre. Même avec ces réponses, le doute subsiste, comme si quoi qu’un coureur puisse faire ou prouver, il restait de toutes façons suspect. Le cyclisme est devenu au fil des années le seul sport, le seul endroit de la société où tout coureur est présumé coupable, dopé, avant d’être, longtemps après déclaré innocent, propre, un peu par défaut d’ailleurs n’ayant pu prouver sa culpabilité. Aberrant !

L’encadrement des équipes n’en peut plus de ces sous-entendus, de ces remises en question. L’héritage douloureux du vélo ne doit pas être constamment jeté à la figure de ceux qui travaillent proprement. On le voit depuis maintenant plusieurs années, les coureurs sont redevenus humains. Les performances, parfois impressionnantes sont rarement répétées le lendemain ou alors dans des conditions bien différentes. La fatigue se lit sur les visages, les défaillances sont maintenant possibles, des équipes craquent au lendemain de victoires flamboyantes. La course est redevenue humaine après des années de fonctionnement quasi-robotisé. La présomption d’innocence et de propreté doit redevenir la norme.

Mais alors même que l’ensemble du monde du cyclisme fait sa mue, renoue avec la réalité, avec la vérité, se sépare des tricheurs comme des anciens tricheurs, regagne sa crédibilité ; la presse et les spectateurs refusent de redonner ce crédit aux coureurs et aux équipes et continuent de vouloir voir du dopage là où il n’y en a plus. Les médias, à force de suspecter toutes les performances, de rechercher l’exploit inhumain dans toute performance ont formaté les spectateurs à voir partout la marque du dopage, de la triche. Des années d’altération artificielle des niveaux d’effort ont biaisé les jugements en créant en parallèle de ça une justice populaire où chacun se pense compétent pour juger de la probité des coureurs, pour analyser leur puissance, leur style de pédalage, leur fatigue ! L’exploit n’existe plus, il n’est plus qu’un signe du dopage dans l’inconscient collectif.

Même s’ils s’en défendent, les médias continuent ainsi de contribuer à cette suspicion ambiante en posant les questions qui dérangent plutôt que de venir se pencher sur la vie des coureurs, leurs journées d’entrainement, de sacrifices quotidiens, de souffrance. Peu de spectateurs ou même de journalistes se rendent compte de ce qu’il y a derrière quelques heures de selle et de triomphe « facile » au mois de juillet. 300 jours d’entrainement, à peine moins de souffrance et de privations, toute une vie axée sur quelques instants de perfection athlétique. Occulter tout ça, c’est laisser la porte ouverte à toutes les interprétations douteuses et poignarder un sport qu’ils pensent aimer et défendre.

Ne pas prendre en compte (et surtout ne pas le dire) que devenir cycliste, plus qu’une vocation, demande aussi des capacités physiques hors-norme mène aux raccourcis périlleux que nous vivons actuellement. Tous les cyclosportifs ou bon coureurs amateurs vous le diront. Les pros de niveau mondial ont ce petit quelque chose de plus, génétique, physiologique, mental qui leur permet d’aller plus loin dans l’effort. Il ne s’agit alors plus forcément de Watts mais de capacité à se dépasser, à accepter la douleur, à l’oublier, à pousser son corps au delà d’où personne d’autre n’ira jamais. On ne pourra jamais mesurer ce petit plus propre aux athlètes.

Oui, l’exploit est possible sans aide extérieure. Oui, il est possible si on lui laisse la possibilité d’exister, si on recommence à y croire. Pourquoi ne laisse-t-on plus au vélo le droit à l’exploit ? Comme des êtres trop longtemps privés d’attention et d’amour, nous devons retrouver avec le vélo notre capacité d’émerveillement, nos yeux d’enfants. Nous devons réapprendre à l’aimer, en faisant table rase du passé et des années sombres. Nous devons lui pardonner et lui refaire confiance sans quoi il ne pourra jamais changer totalement et se rebâtir. Nous avons la possibilité de repartir sur des bases de confiance, faisons-le, laissons-lui cette chance !

Aimons de nouveau notre sport sans suspecter constamment ses champions. Accueillons de nouveau l’exploit avec plaisir. Prenons du recul sur les performances et faisons taire les charognes médiatiques. Le vélo est beau, il mérite notre support pour redevenir ce sport fabuleux aux valeurs de courage et de souffrance si belles. Oui, je crois que le vélo a changé ! Médias, journalistes, croyez-le également et passez ce message d’espoir à vos lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, faites-vous les porte-paroles de ce changement. Il en va du renouveau et de la pérennité de notre sport magnifique.

A propos de

Tombé dans le vélo à l'adolescence, je n'ai cessé de rouler depuis en essayant de constamment suivre l'actualité du monde cycliste. Je vis le vélo comme une passion, un sport et un mode de vie, chaque coup de pédale après l'autre.

2 Réactions

  1. Vraiment un très bel article, chapeau !
    Dans ce que vous dites, je suis le genre de personne à croire en les performances des coureurs, mais aussi celui qui ne croit quasiment plus à l’exploit. Comment peut-on croire à des fantastiques dominations, en CLM ou lors des ascensions finales d’étapes de Grands Tours, lorsque depuis tout jeune, on voit des coureurs qui ont ce genre de domination qui, ensuite, se sont fait tirer les oreilles ou pire encore à cause du dopage ?
    Lorsque j’étais jeune, j’admirais Armstrong, car il était l’archétype du coureur parfait, le winner flamboyant. Voir que ses idoles de jeunesse, ces figures du sport moderne, qui m’ont fait aimer le cyclisme, sont de véritbles tricheurs, n’aide pas à la crédibilité des ultradominateurs du Tour de France. J’ai toujours cette flamme, bien sûr, lorsque je vois les coureurs de tête dans de terribles ascensions, mais le fait qu’il y ait un tel fossé entre le 1er et les autres, qui eux aussi par le passé, avaient pu créer des écarts considérables avec les autres coureurs, n’aide pas à faire croire à la propreté de l’exploit du 1er. Surtout lorsqu’on est en fac’ des sciences du sport et que l’on peut avoir un minimum de sens critique vis-à vis des performances des grands sportifs.
    Mais vraiment pas mal l’article, j’irais plus souvent sur votre site désormais 😉

  2. Les mauvaises habitudes ont la vie dure et nos « enquêteurs » trouvent toujours une nouvelle à se mettre sous la dent … Froome et son salbutamol pour l’exemple du jour. On n’a pas fini de voir le vélo aux pages faits divers, malheureusement.
    Continue à faire vivre la passion là où les autres cherche le sensationnel. Le peloton est sans aucun doute plus sain aujourd’hui qu’hier. Mais s’agissant d’un récidiviste au long cours, le grand public n’est sans doute pas prêt à accorder un blanc seing au coureur de manière aussi radicale.
    Bonne route à toi !

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