Analyse des drôles de chaussures de Adam Hansen

Posté le 24/07/2014 à 7 h 44 min par dans Matériel

Adam Hansen est une figure emblématique du peloton professionnel. Le coureur australien de 33 ans est un personnage attachant et dur au mal. Il fait preuve d’un humour qu’il communique à ses fans sur Twitter notamment en postant régulièrement des photos de lui en train de mimer la fatigue ou la souffrance comme lors des stages de début de saison. On se souvient également de lui par exemple via une photo le montrant avec à la main une bière offerte par un spectateur dans le virage des hollandais de la montée de l’Alpe d’Huez ou plus récemment en train de faire des grimaces devant la caméra d’un fan lors de la terrible montée du Zoncolan sur le Giro.

Il est également un très bon équipier dont l’endurance n’est plus à prouver puisqu’il a été en 2012 et 2013 le seul coureur à terminer les 3 grands tours de la saison, Italie, France et Espagne, remportant même en solitaire une étape sur le Giro en 2013 dans des conditions météo dantesques sous une pluie battante. Il semble bien parti pour rééditer cet exploit cette année.

Mais depuis deux saisons, Adam Hansen est également connu comme le coureur qui fabrique lui-même ses propres chaussures de vélo en carbone. Comment cela est possible et pourquoi fait-il cela ?

Il explique qu’ayant des pieds particuliers, il avait du mal à trouver des chaussures lui convenant. Il a utilisé pendant plusieurs saisons un modèle qui lui allait parfaitement chez DMT mais la marque a finalement arrêté de le produire et lorsqu’il lui a fallu remplacer ses paires, il s’est alors dit qu’il allait produire lui-même ses chaussures.

Il a alors commencé à travailler avec des fibres de carbone et de kévlar pour développer une forme à son pied. Ce développement lui a pris très longtemps et la chaussure s’est améliorée constamment, le coureur portant sur chaque course plusieurs modèles qu’il fait évoluer d’une course à l’autre.

Ses paires pèsent chacune moins de 95g d’où leur nom U95. La paire la plus légère qu’il ait produite pesait 62g avec les cales Look Kéo, qui pèsent un peu plus de la moitié du poids total ! Assez incroyable quand on sait que les meilleures paires de chaussures sur le marché ont du mal à passer sous la barre des 200g sans cales.

Le souci principal de ces chaussures est l’isolation thermique nulle. Le carbone retransmettant quasi-intégralement la température extérieure, aucun tissu ou matériau intermédiaire ne venant isoler le pied du carbone à température extérieure. Hansen doit donc utiliser parfois plusieurs paires de chaussettes ou bien de grosses sur-chaussures pour éviter d’avoir très froid aux pieds l’hiver ou par temps froid. Il ne parle pas non plus des chutes et des risques de dislocation du carbone avec les conséquences que cela pourrait engendrer à même la peau…

Par contre, le gros avantage de cette paire, outre son poids très inférieur aux chaussures les plus légères du marché, est qu’elle est véritablement moulée sur son pied et donc parfaitement adaptée à sa morphologie et à son pédalage. Le carbone du dessus de la chaussure est réalisé avec une résine epoxy flexible permettant, comme sur certains modèles Bont par exemple d’utiliser le carbone tout en ne sacrifiant pas la flexibilité nécessaire du dessus de la chaussure. Le fait que le carbone soit pur permet également de le peindre ou de coller des motifs dessus, chose qu’on n’a pas forcément envie de faire avec une belle paire de chaussures en cuir.


Bien que les coureurs bénéficient maintenant de semelles faites par des podologues après études posturologiques pour adapter le positionnement du pied dans la chaussure, ici c’est l’intégralité de la chaussure qui est conçue pour le pied et comme un prolongement naturel du pied. Le gain est évident, c’est même étonnant que Hansen soit le seul coureur à fabriquer ses propres chaussures et qu’aucune autre marque ne se soit encore engouffrée dans ce créneau très haut de gamme du sur-mesure de très haut niveau.

Pour avoir le droit d’utiliser ses chaussures en course, Hansen joue avec le réglement de l’UCI qui précise que les équipements utilisés doivent être fournis par un sponsor ou équiper l’équipe mais également être disponibles à l’achat sur le marché.

Pour respecter ces deux points, le coureur a conclu un deal avec son équipe en créant une marque, Hanseeno, fournissant donc la Lotto-Belisol en casquettes, T-shirts ou foulards qu’on peut également acheter via son site web. Les chaussures sont également listées mais en rupture de stock. Le coureur n’en a commercialisé que quelques unes pour légaliser les siennes. Elles étaient affichées à 2000€ la paire, le prix reflétant, d’après le site, « les 42h de travail et les 8 moules différents nécessaires pour les réaliser » sans compter le déplacement chez le coureur ou son sous-traitant pour aller prendre les mesures.

Quoi qu’il en soit, même si ces chaussures ne sont portées que par Hansen pour le moment, on pourrait peut-être voir de plus en plus d’autres coureurs en faire faire et en utiliser, certaines équipes étant constamment en recherche du poids à enlever du couple homme/machine, le vélo étant pour le moment toujours restreint à rester au-dessus de la limite des 6,8kg. La marque Hanseeno va donc probablement faire des émules dans le peloton dans les années à venir.

En attendant de pouvoir vous faire mouler des chaussures sur mesure à un prix décent, vous pourrez trouver sur le site quelque T-Shirts sympas et pas trop chers…;-)

Plus d’infos sur la gamme Hanseeno
Crédits Photos : hanseeno sur Twitter, paintnothing sur Flickr

A propos de

Tombé dans le vélo à l'adolescence, je n'ai cessé de rouler depuis en essayant de constamment suivre l'actualité du monde cycliste. Je vis le vélo comme une passion, un sport et un mode de vie, chaque coup de pédale après l'autre.

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