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Partie 11 : Le langage des drapeaux

par Martin le 14/11/2007 | 23 h 49 min | Article lu 43 fois

Sur la fameuse étape de Compiègne, après la découverte de la régulation de la caravane et de la fin d’étape à la vitesse d’un homme à pied, j’ai mis en pratique la découverte que j’avais faite un peu plus tôt, c’est à dire à quel point il était difficile de communiquer avec quelqu’un en train de faire autre chose, dans le bruit, en regardant cette personne, qui ne vous voit pas, dans le rétroviseur, en roulant sur l’étape. Tout un programme !
Alors dans ces conditions, pour communiquer, il faut improviser un langage du corps, des mains, du regard, nous l’avions déjà vu auparavant. Cela étant dit, pour en venir à la mise en pratique, il me faut encore ajouter une hypothèse au problème…

A l’arrière de chacun des 4 véhicules de la caravane RMC flottaient dans le vent de magnifiques drapeaux à l’effigie de la marque. Lors du départ de Paris, nous sommes arrivés pour prendre les clés, les drapeaux étaient en place. La première réaction fut le « Waaaa ! C’est super beau, ça rend vachement bien ! ». Puis, il s’est mis à pleuvoir. « Vite, vite on enlève tout, de toutes façons, pour rouler jusque Calais ce sera plus pratique ». « ça veut pas s’enlever, les tiges sont bloquées ! J’ai les mains qui glissent sur les tiges en fibre de verre… » Et d’un coup d’un seul, le Waaaa d’admiration s’est transformé en « Waaa…aïe mes mains ! ». Psychologiquement, le drapeau venait de perdre cruellement de sa superbe. L’étendard était tombé ! L’admiration du départ était en berne ! L’oriflamme s’était éteinte ! (Je pense que j’ai fait le tour de toutes les vannes pourries et imaginables avec le mot drapeau…)

Voilà, nous avions fait connaissance avec les jolis drapeaux qu’il fallait mettre d’une certaine manière pour que la marque soit vue des 2 côtés de la route et de façon lisible, une belle prise de tête tous les matins. Il fallait toujours faire attention à ne pas inverser nos drapeaux qu’on démontait entièrement tous les soirs : mâts téléscopiques en carbone, embouts en plastique, tige en fibre de verre et enfin drapeau et mousqueton pour fixer le drapeau au mât après l’avoir enfilé sur la tige flexible. Mais tous ces détails nous allions les découvrir petit à petit pendant le Tour :) au fur et à mesure des démâtages, des affaissementsde mâts.

Au niveau des drapeaux, la tige flexible à insérer dans un plot en plastique à clipser dans l’adaptateur sur les mâts en carbone avait toujours tendance à se désolidariser de l’ensemble, provoquant une mise en berne du drapeau non désirée, dangereuse quand le drapeau sortait du véhicule et bien entendu disgracieuse au possible. Il fallait donc dans ce cas-là soit s’arrêter, enlever le drapeau et le remettre ou si on ne pouvait s’arrêter simplement retirer le mât, le coucher dans la benne et finir l’étape comme ça. Cependant, comme ce genre de soucis arrivait de plus en plus fréquemment, nous avons renforcé les attaches avec du gros scotch sauf qu’à force de prendre du jeu, même avec ce genre de scotch, le drapeau finissait toujours par bouger. Il fallait donc de nouveau s’arrêter, passer un temps fou à enlever le gros scotch de la tige en fibre de carbone et repartir après avoir tout remis. Petit à petit, je pense que chaque chauffeur a trouvé sa technique de fixation adhésive pour ne plus devoir s’arrêter pendant les étapes.

Néanmoins, lorsque survenait un soucis « réparable » par l’hôtesse, sans besoin de s’arrêter, il fallait le lui faire savoir. D’où le fameux besoin de communiquer avec les mains, le corps etc. (enfin on y arrive vous devez vous dire ;) ). Première fois que nous avons rencontré le problème, j’ai eu un peu de mal à expliquer à mon hôtesse ce qu’il se passait, les drapeaux étant derrière elle. J’y ai donc mis tout mon cœur pour tenter de me faire comprendre. Ce fut donc une sorte de mime grandeur nature dans le rétro à 50-60km/h. Pour définir le drapeau, j’ai donc dessiné dans le vide un rectangle et puis ai effectué quelques vaguelettes avec ma main droite en forme de drapeau flottant au vent pour signifier drapeau. Bref, ça n’a pas marché. J’ai ensuite articulé de façon extrème pour qu’elle lise sur mes lèvres ce que je disais. Peine perdue ! Finalement, le message a été passé par une autre voiture.

Le soir, au repas, j’ai du rejouer la scène plusieurs fois tant tout le monde se moquait de moi :D et était fier de le faire et là, une hôtesse a trouvé le moyen infaillible de faire comprendre le problème en nous mimant le mât.
Je décris : la main comme entourant un tube, faire des va et viens de bas en haut puis de haut en bas avec l’avant bras… Voilà le mât !! Eclats de rire vous l’imaginez bien. N’empêche que ce « mime » est devenu le mot mât sur le Tour ! Plus jamais à partir de ce soir-là nous n’avons eu de mal à expliquer qu’on démâtait, ce simple geste suggestif suffisait et provoquait désormais un grand sourire.

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Partie 10 : Le retour

par Martin le 13/11/2007 | 16 h 52 min | Article lu 3 fois

Les quelques étapes qui constituèrent la suite de la semaine furent les étapes du « ventre mou » du Tour, accessoirement celles du retour définitif en France. Ce sont souvent celles dont on ne se souvient pas normalement sauf lorsqu’il se passe quelque chose d’imprévu pendant leur déroulement et c’est souvent le cas en fait. Cette année, c’est sur ces étapes que j’ai découvert les joies de la régulation de la caravane. Je m’explique.

Pour que les cyclistes ne soient pas trop loin derrière la caravane et que les gens n’aient pas trop à attendre le passage des coureurs, le rythme de la caravane est adapté en temps réel sur celui de la course. Ainsi, partant 1h00 à 1h30 avant les coureurs, la caravane arrive environ 30 minutes à 1h avant la course. Seulement, de temps en temps, la course ralentit très fort, ce qui fait que la caravane doit également ralentir très fort pour éviter une trop longue attente aux spectateurs. Ainsi, sur l’étape partant de Waregem en Belgique et arrivant à Compiègne, la caravane a du être ralentie à un point que je n’avais encore jamais vu tant les coureurs avaient ralenti.

Nous avons donc fini les vingt derniers kilomètres de l’étape en première à 15 km/h environ, l’horreur ! Je me souviens en plus que la route menant à l’arrivée était une route bordée de végétaux de chaque côté de la route sans habitation et donc sans personne. En plus de cette arrivée au ralenti, l’étape avait été très très longue, la plus longue du Tour. Donc, ces derniers kilomètres étaient vraiment pénibles. En plus de la fatigue, de la lassitude face à une étape ou des pauses avaient été prises plusieurs fois pendant la journée – la caravane s’était déjà retrouvée à l’arrêt en plein milieu des champs un peu plus tôt ce qui nous avait permis de discuter au milieu de la route avec les autres caravaniers, situation surréaliste ! – l’envie d’aller aux toilettes devenait pour certains très pressante. Cependant, sur le Tour, aucun arrêt n’est autorisé dans les 25 derniers kilomètres ! Un chauffeur de la caravane a donc été contraint de se soulager « à la routier » dans une bouteille d’Aquarel de dimension quelque peu restreinte… Un grand moment de bonheur après coup pour toute la caravane mais aussi et surtout certainement pour lui sur le coup ! Comme pour le coup du frein à main, je tairai bien évidemment le nom de ce chauffeur ;).

Sur cette étape enfin, nous revenions durablement sur le sol français et après une légère peur avec un nombre très faible de spectateurs sur le bord de la route à notre rentrée en France, l’arrivée à Compiègne nous a tous rassurés. La ville était remplie. Même dans les petites rues vers l’arrivée, un monde très abondant nous accueillait après notre long, très long périple du jour et cette étape vraiment particulière qui aura vu la victoire du maillot jaune, chose assez rare, qui plus est encore plus lorsque cette victoire est remportée au sprint et qu’on connaît le nom du vainqueur : le suisse Fabian Cancellara.

Nous étions rassurés, le public était présent, la suite s’annonçait bien !

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